En 2019, le Programme mondial sur la génétique de la maladie de Parkinson (GP2)), un programme source de l’Aligning Science Across Parkinson’s (ASAP) initiative, s’est fixé un objectif ambitieux : la cartographie de l’architecture globale de la maladie de Parkinson (MP). Cependant, pendant bien trop longtemps, cette carte a laissé de côté tout un continent : l’Afrique. Un tournant s’est produit en 2023 : des chercheurs ont découvert chez des patients d’Afrique de l’Ouest un nouveau variant génétique associé au risque de maladie de Parkinson, jamais observé auparavant dans les populations européennes. En janvier 2026, cette avancée a trouvé son aboutissement avec l’inauguration officielle du laboratoire moléculaire GP2–College of Medicine University of Lagos (CMUL), consacré à la recherche sur la maladie de Parkinson à l’Université de Lagos. Bien plus qu’un nouveau bâtiment, il s’agit du premier laboratoire moléculaire dédié de ce type au Nigeria. Il s’agit d’un atout déterminant à l’échelle mondiale, en ce qu’il permet l’analyse locale de données génétiques variées, condition nécessaire à des avancées que les modèles eurocentrés passent à côté.
Une étape charnière : la boucle est bouclée
Ce lancement marque un tournant pour le réseau GP2, aujourd’hui présent dans 70 pays et rassemblant plus de 100 000 participants aux études. En implantant cette infrastructure de pointe au sein d’une institution universitaire nigériane de tout premier plan, le GP2 favorise une représentation plus large dans le développement de la prochaine génération de traitements contre la maladie de Parkinson et fait de la médecine de précision une réalité accessible à tous, partout dans le monde. Comme l’a souligné le Dr. Ekemini Riley, directrice générale fondatrice de l’ASAP : « Ce laboratoire montre qu’il est possible de mettre en place une infrastructure moléculaire aux normes du GP2, de la doter de talents locaux et de mener des travaux de recherche de tout premier plan en Afrique de l’Ouest. La maladie de Parkinson demeure incurable, les traitements actuels n’en atténuent que les symptômes. Les solutions supposent d’élargir notre regard. Les découvertes génétiques vont de pair avec la diversité : davantage de populations étudiées signifient davantage de variants identifiés ainsi que de nouvelles connaissances sur les mécanismes biologiques. Les variants qui permettront de définir les cibles thérapeutiques de demain se trouvent peut-être chez des populations qui n’ont encore jamais fait l’objet d’études systématiques. Ce laboratoire garantit que l’Afrique de l’Ouest ne soit pas seulement bénéficiaire des avancées scientifiques, mais qu’elle en soit aussi un moteur. »
Le laboratoire : rééquilibrer la recherche
Implanté au sein du Kesington Adebukunola Adebutu Research Centre (KAARC), ce laboratoire a pour objectif d’extraire et d’analyser sur place l’ADN de patients nigérians, afin que les séquences génétiques issues d’ascendance ouest-africaine ne soient plus sous-représentées, mais deviennent au contraire un levier majeur de la recherche mondiale.
L’équipe de recherche
Le laboratoire est dirigé par la professeure Njideka Okubadejo, neurologue, spécialiste des troubles du mouvement et chercheuse principale, comptant parmi les scientifiques les plus influents du continent africain dans le domaine des neurosciences. Sa vision, sa persévérance et ses liens étroits avec la communauté scientifique mondiale ont joué un rôle déterminant dans l’établissement des infrastructures nécessaires et dans la légitimité scientifique du projet.
Professeure Njideka Okubadejo La mise en place opérationnelle du laboratoire est pilotée par M. Roosevelt Anyanwu, spécialiste en biologie moléculaire, qui a assuré l’organisation et l’homologation du laboratoire ainsi que la formation des équipes. Il est actuellement en congé sabbatique afin de veiller à l’intégralité de son déploiement. L’équipe comprend les collaboratrices suivantes de l’Université de Lagos : la professeure Oluwadamilola « Lara » Ojo, doctorante parrainée par le GP2, responsable adjointe sur site et au niveau national pour l’administration de la recherche et les études cliniques ; la professeure Francisca Nwaokorie, responsable des activités liées aux produits biologiques, à la biobanque et à la collecte des échantillons, et le Dr. Dunni Olusanya, neurologue, chercheuse parrainée par le GP2, titulaire d’un doctorat en pharmacologie clinique et chercheuse sur site. À cette équipe s’ajoute un réseau de près de 50 partenaires (neurologues, neuroscientifiques fondamentaux, responsables de programmes de recherche et assistants de recherche), tous membres du Nigeria Parkinson’s Disease Research Network (Réseau de recherche sur la maladie de Parkinson au Nigeria).
Capacités du laboratoire et feuille de route
L’infrastructure a été conçue dès l’origine pour monter en puissance de manière progressive. Au stade actuel, le laboratoire assure l’extraction de l’ADN, l’évaluation de sa qualité ainsi que la mise en banque des échantillons biologiques. À court terme, l’équipe prévoit d’élargir ses activités au génotypage par PCR et d’initier une coopération à des études d’association pangénomique. À plus long terme, l’objectif est de mettre en place sur site des capacités complètes de séquençage de nouvelle génération, afin d’intégrer l’ensemble de la chaîne de recherche au sein du laboratoire, de l’échantillonnage au séquençage. L’ensemble des processus est déployé conformément aux normes de qualité internationales, de manière à garantir que les données produites répondront aux exigences du réseau mondial GP2. Comme l’a souligné la professeure Okubadejo, l’équipe est pleinement en phase avec la mission de l’ASAP. Par ailleurs, le développement de ces infrastructures de rang mondial au niveau local contribue à limiter la fuite des cerveaux et constitue un modèle pour d’autres départements universitaires.
Inauguration officielle du laboratoire moléculaire
Objectif : former la prochaine génération de scientifiques
La formation constitue une priorité centrale du nouveau laboratoire. Les étudiants accueillis en rotation dans cette structure bénéficieront de bourses destinées à soutenir leur participation, levant ainsi les obstacles financiers à l’accès. À moyen et long terme, l’équipe prévoit de développer des programmes structurés de formation et de renforcement des capacités à destination des chercheurs et futurs chercheurs dans ce domaine, faisant du laboratoire un centre de référence pour le développement scientifique au Nigeria. Cet engagement en faveur de la formation s’inscrit pleinement dans la mission globale du GP2. Comme l’a souligné la direction du CMUL, le Nigeria ne manque pas de talents ; ce sont les infrastructures et les opportunités qui font défaut. Le nouveau laboratoire apporte précisément ces deux leviers.
Considérations finales
L’inauguration du laboratoire a réuni les membres de la direction de l’Université de Lagos et du CMUL, aux côtés de cliniciens, de scientifiques et de partenaires clés du Nigeria. Parmi les participants figuraient notamment des représentants de Parkinson’s Africa, de la Adewunmi Desalu Parkinson’s Disease Foundation et de la Coalition for Aligning Science (CAS), qui pilote l’initiative ASAP. Les participants ont ainsi pu mesurer concrètement comment la mission globale du GP2 se concrétise au moyen d’infrastructures scientifiques développées au niveau local. Le nouveau laboratoire moléculaire GP2-CMUL dédié à la recherche sur la maladie de Parkinson est l’aboutissement de nombreuses années d’engagement de la professeure Okubadejo et de son équipe, qui ont su développer les capacités, asseoir la crédibilité scientifique et créer les réseaux nécessaires à la concrétisation de ce projet. L’équipe se félicite de son implantation à Lagos et espère qu’il servira de modèle à reproduire à l’échelle du Nigeria et du continent. Grâce à cette infrastructure essentielle, la voie vers une accélération des découvertes, et, à terme, vers l’identification d’un traitement curatif de la maladie de Parkinson, se dessine plus nettement pour tous les acteurs.
Participants au séminaire préalable à la mise en service, membres clés de la direction de l’université et membres de la CAS
